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Je t'aide, moi non plus.

Je t'aide, moi non plus.

Nous avons toustes rencontré ce comportement, nous l’avons toustes déployé nous-mêmes à un moment ou à un autre, consciemment ou non : “aider” à tout prix… quitte à être totalement contre-productif-ve et à faire plus de dégâts qu’autre chose.
Je ne parle pas ici d’aider en faisant la vaisselle ou en réparant la niche du chien… Quoique…?

Bref. Un jour, ça ne va pas. Un peu ou beaucoup, mais il faut que ça sorte. Alors vous vous exprimez. Murmure timide, flot maîtrisé tant bien que mal, ou explosion incontrôlée. Sur votre réseau social préféré, auprès d’un-e proche ou même dans le cabinet d’un-e professionnel-le.

Et là, branle-bas de combat. Mobilisation générale : vous avez exprimé une émotion, un sentiment considéré comme “négatif”, “tabou” : colère, tristesse, désespoir, découragement, doute… Les contre-mesures se mettent en place rapidement, vous DEVEZ vous ressaisir immédiatement, tous les moyens sont bons.
Petit tour d’horizon, non-exhaustif :


Le toucher
Câlin, main sur l’épaule, frottage de dos, caresse, bisou, massage, peut-être même proposition de relation sexuelle…
Ces gestes universellement reconnus comme ceux de la douceur, de l’empathie, de la compassion, de la proximité et de l’intimité, peuvent faire des dégâts subtils mais très profonds. En vérité, ces gestes prodigués au milieu de l’expression de votre ressenti, ne sont ni plus ni moins qu’une invitation à vous interrompre. Consciemment ou non, vous venez d’être prié-e de vous taire ou de changer de disque !


L’humour, l’ironie
Vidéos de chats maladroits, extraits du spectacle de votre humoriste préféré… Les chatouilles... Ou bien des moqueries et des commentaires, oui mais “gentils” et “humoristiques”.
Dans tous les cas, si vous pleurez, c’est la panique à bord, il faut impérativement que vous retrouviez le sourire ou au moins que vous vous arrêtiez. Ces larmes sont insupportables !


La relativisation
“Ca ira mieux demain” ,“Un jour tu verras tu te réveilleras et tu auras tout oublié” , “Mais si je suis sûr-e qu’un jour tu obtiendras [ce truc qui vous manque là tout de suite]” , “Ca pourrait être pire, regarde comment ça se passe ailleurs…” ; “Oui bon c’est un être humain, quoi.” (<= celle-ci je l’utilise beaucoup !).
La relativisation revient à nier et invalider les ressentis du moment ou à remettre en cause leur légitimité.
C’est d’autant plus pernicieux que les arguments proposés paraissent à la fois pertinents et séduisants. Oui, vous avez très envie de croire que vous êtes mieux loti-e que Untel, et que vous finirez par avoir ce truc que vous voulez. Et il est probable que vous alliez mieux demain, ou même dans une heure.
Alors vous vous raccrochez à cette distraction proposée et vos larmes sèchent toutes seules ou presque. Vous balayez votre ressenti d’une pichenette. Parce que c’est plus confortable, peut-être. Et aussi parce que vous sentez bien que c’est ce qu’on attend de vous. Parce que ça ne se fait pas, de se laisser aller comme ça, quand même. Il faut être fort-e, courageux-se.


La rationalisation : créer du lien “logique”
“Ah non mais ça c’est trop ton Oedipe, c’est sûr !” ; “Dis-donc, tu vas pas avoir tes règles, toi ?” ; “Non mais ça c’est le gluten, cherche pas !” ; “C’est probablement la recapture de la sérotonine qui n’est pas au top.” ; “Typique dissociation !”
Ca revient à s’intéresser davantage à la cause qu’à l’effet. A mettre de la distance entre soi et le ressenti en se donnant une rassurante illusion de contrôle, apportée au mental parce qu’on est en mesure de décrire ou nommer le mécanisme correspondant dans l’organisme et/ou la psyché. Ainsi dans cette approche :  nommer ou expliquer = connaître = contrôler = faire disparaître le ressenti (ce qui est faux).
Néanmoins, votre propre mental est conquis, votre intelligence intellectuelle est ravie d’avoir un truc à se mettre sous la dent, et tout le monde est soulagé de détourner son attention des ressentis (si si, vous aussi, un peu, quand même).


Les conseils et actes “bienveillants”
“Tu devrais lui dire…” ; “Moi à ta place…” ; “Alors perso j’ai adopté les jus verts et franchement tu devrais t’y mettre parce que vu ton état…” ; “Non mais faut arrêter les comédies romantiques, ça te pourrit le cerveau !” ; “Mais écoute, tu te fais du mal là, quitte-la !”
Exprimez un ressenti négatif et vous obtiendrez à coup sûr un déluge de conseils et de solutions pour faire cesser la situation. Peut-être pertinents, peut-être inspirés par vos guides parce que vous avez vraiment besoin d’entendre ça, que ça vous plaise ou non.
De mon point de vue néanmoins, cela pose plusieurs problèmes.
Le premier problème, c’est que vous n’avez (consciemment) demandé aucun conseil.
Le deuxième problème, c’est que tous ces conseils d’amis prodigués avec bienveillance, le sont aussi souvent avec obligation de vous y conformer et d'agir immédiatement pour "résoudre le problème". Parce que vos plaintes sont insupportables.
Le troisième problème, c’est que là, certain-es de vos ami-es sont en train de sous-entendre, consciemment ou non, qu’ils savent mieux que vous comment gérer votre vie, et qu’ils peuvent se permettre d’intervenir et de faire de l’ingérence dans votre vie, parce qu’en bout de chaîne, c’est quand même elleux que vous emmerdez.
Un conseil peut être pertinent, mais il n’est jamais juste s’il n’a pas été sollicité en premier lieu.
Ou alors, au minimum, il faut soigner la façon de l’amener !

Alors vous avez lu tout ça, vous avez peut-être reconnu certains comportements parmi vos proches… Vous avez soigneusement éludé la petite voix qui disait “Heuuu ça on l’a peut être fait une fois ou deux, non ? -Non. Jamais. Ta gueule.”
Et donc vous vous demandez peut-être d’où ça vient, quelle peut-être la cause de ces comportements.
On peut pour une fois se permettre faire une généralité et s’épargner de remonter jusqu’à la petite enfance de chacun-e.
Tout ça relève du mécanisme de protection. On veut aider mais on n'est pas vraiment en mesure d'accueillir ce qui est là sans juger, sans se sentir embarqué-e, touché-e, menacé-e, croire à l'existence d'un danger. Alors on veut changer tout ça, faire sortir l’autre de son état émotionnel et / ou de sa situation parce qu’on les juge “mauvais”, essentiellement parce qu’on n’est pas à l’aise avec, NOUS, parce que cela fait résonner en nous des choses qu’on préfèrerait ignorer.

Pourtant peut-être que, paradoxalement, on continue de se porter volontaire pour prendre des nouvelles et écouter et discuter pendant des heures avec les gens qui ont mal. Bénévolement ou non. Oui, les professionnel-les de la relation d’aide sont aussi concernés, car ce sont des êtres humains (scoop !).
Notre mission dans ces moments : faire en sorte que l’autre “aille bien”, avec ou sans son consentement, parce que c’est en fait de nous qu’il s’agit. C’est à notre propre soulagement que nous oeuvrons.

C’est violent pour l’autre comme pour nous.

C’est là que le travail sur soi, le parcours personnel, les formations professionnelles, l’éthique, peuvent faire une grosse différence. Sans pour autant garantir que l’accompagnant sera irréprochable et infaillible à chaque instant.
Je le répète parce que c’est quelque chose qu’on oublie trop souvent : les professionnels de la relation d’aide sont des humains comme vous et moi. Ils sont des joueurs comme vous et moi dans le même “game”, dans ce même grand jeu de la Vie qui n’a ni commencement ni fin, ils obéissent aux mêmes lois de ce même univers, et même s’ils semblent se planter, qui sait si ce n’est pas précisément le rebondissement nécessaire pour poursuivre le jeu ? Je referme cette parenthèse.

L’accueil de ce qui est, dénué de jugement ; le lâcher-prise ; la confiance que tout se déroule déjà comme cela doit et continuera de cette façon ; l’écoute pour la présence attentive à l’autre, et non l’écoute pour répondre à l’autre ; font à mon sens toute la différence dans la façon d’aborder l’Autre et la vie.
Evidemment si on est vraiment dans cet accueil, on l’est aussi de notre spontanéité… Et de nos conseils déjà sortis de notre bouche alors que l’autre ne nous a rien demandé… ;)
A mon sens, c’est une question d’équilibre et d’attention. Constamment renouvelés mais qui varient à tout moment.
Donc comme me le soufflait une petite voix homonyme : “et si on se lâchait la grappe pour de vrai ?”. OUI !!!
Et j’ajoute : et si on lâchait la grappe à tout le monde ? Vivre et laisser vivre ? Qu’est-ce que ça donnerait ? Et si on faisait ce choix maintenant ?

Pour conclure, parce que ce texte est déjà long et que j’en ai marre.
Ce texte n’est pas un appel à battre votre coulpe ou à engueuler votre prochain.
Ce texte est basé sur ma propre expérience dans chacun de ces rôles (oui, tous. Non, ça fait pas plaisir.).
Ce texte est une émanation et un clin d’oeil, une somme de pensées qui passent dans l’air du temps.
Ce texte est un objet de réflexion tout autant que de réflection ; et si j’y mets dans la matière un point final, pour diverses raisons ; cela ne signifie en aucun cas qu’il fige une vérité universelle et immuable.
Jouez avec. Démontez-le. Ignorez-le. Critiquez-le. Commentez-le. Prolongez-le ou laissez-le de côté. Ne faites rien de tout ça, mais plutôt comme bon vous semblera.
Il n’est ni tout à fait vrai, ni tout à fait faux, comme tout et rien.

J’ai pris du plaisir à l’écrire, c’est déjà ça ; et je nous aime.

Véronique Blanchard
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